Ces Françaises et Français qui ne veulent pas se déconfiner

Si tous les commerces ont pu rouvrir lundi, que l’attestation dérogatoire n’est plus nécessaire pour se déplacer dans un rayon de 100km de son domicile et que les enfants ont commencé à retourner à l’école, certains et certaines ne voient pas les choses ainsi. Pour ces hommes et ces femmes, pas question de retourner à la vie normale, de revoir leur famille ou de flâner dans les magasins. Afin de protéger leurs proches, pour ne pas contribuer à un rebond de l’épidémie ou par peur de la maladie, ils et elles préfèrent continuer de se confiner.

« Je ne vais pas sortir davantage »

C’est le cas d’Alexandra*, une Parisienne de 30 ans en recherche d’emploi, qui avait déjà décidé de se cloîtrer chez elle quelques jours avant que le confinement ne soit annoncé mi-mars par le président de la République. Elle avait alors expliqué à BFMTV.com qu’elle n’allait plus au cinéma, au musée ou encore à la salle de sport. « Pour moi, c’est évident que le confinement va se prolonger », témoigne-t-elle pour BFMTV.com.

« Je ne vais pas sortir davantage, ni flâner dans les magasins. Quand je fais mes courses, j’y vais comme une voleuse, j’ai ma liste et je ne traîne pas. Je vais peut-être m’autoriser à aller dans un supermarché un peu plus loin, à dix minutes à pied, au lieu de la supérette en bas de chez moi. Mais je j’ai ni prévu de revoir mes amis, ni de rendre visite à ma famille. »

Notamment parce que sa mère vit avec sa grand-mère, une personne à risque. « En plus, elles habitent en banlieue, ce qui signifierait prendre les transports en commun. Et ça, il n’en est pas question. » D’autant que la jeune femme craint d’avoir été contaminée par le covid-19 lors d’un dîner entre amis au début du mois de mars.

« J’ai eu tous les symptômes: la fièvre, la fatigue, les courbatures et les troubles digestifs. Mais comme je n’ai pas pu être testée, je n’en ai pas la certitude. Si je l’ai eu, dans quelle mesure pourrai-je encore être contagieuse? »

Aujourd’hui, Alexandra ressent toujours une certaine fatigue – « j’ai l’impression d’avoir fait un marathon quand je monte mes trois étages » – et préfère ainsi rester chez elle. D’ici une quinzaine de jours, elle s’accordera « peut-être » une promenade « à un mètre de distance et avec un masque » avec une amie qui réside près de chez elle. Mais elle juge le climat « tellement anxiogène » qu’elle assure n’avoir « aucun plaisir à aller dehors ».

« Dans les rues, les gens portent des masques, il faut prendre mille précautions quand on fait les courses. Je sais qu’il y a des personnes qui ont besoin de respirer, moi, sortir, ça me tend. »

« Ma vie va rester la même »

Pour Evelyne*, une retraitée de 73 ans qui réside dans un pavillon d’un petit village de Seine-et-Marne, le déconfinement n’a rien changé à son quotidien. « Je n’ai juste plus besoin de l’attestation dérogatoire de déplacement », raconte-t-elle à BFMTV.com.

« Ma vie va rester la même que depuis le début du confinement. Je prends les mêmes précautions, je me protège de la même façon. Je n’ai pas prévu de revoir mes amies ni de sortir sauf pour faire les courses, en et encore le moins souvent possible, ou aller chez le médecin. Le seul avantage, c’est que je peux maintenant aller où je veux, à moins de 100km, sans avoir à me justifier. »

Dès le début du confinement, Evelyne a compris la gravité de la situation, notamment pour elle-même. Récemment opérée d’un cancer et ayant déjà fait une embolie pulmonaire, elle se sait fragile. Mais la retraitée est d’une nature positive et tente de voir les choses du bon côté: elle en est même à regretter le calme que le confinement avait apporté.

« L’air était plus pur, les rues étaient plus tranquilles, la nature avait pu reprendre ses droits. Mais c’est vrai que c’est plus facile à vivre quand on est retraité, comme moi, et qu’on n’a pas à aller travailler. »

Seule ombre au tableau: ne pas avoir pu voir ses enfants et petits-enfants depuis deux mois. La septuagénaire patiente en passant beaucoup de temps au téléphone et en prenant soin de son jardin.

« J’ai toujours peur »

Adel*, un Parisien de 41 ans, avait lui aussi décidé de se confiner peu avant les annonces d’Emmanuel Macron et avait détaillé ses motivations à BFMTV.com. Aujourd’hui, pour ce webmaster, pas question de reprendre sa vie d’avant le coronavirus.

« J’ai toujours peur de ce virus », assure-t-il à BFMTV.com. Il craint la deuxième vague évoquée par les autorités sanitaires et se dit très inquiet qu’un relâchement de la vigilance n’entraîne une hausse des contaminations avec le risque que sa petite fille d’un an et demi ne soit exposée à la maladie.

« Heureusement, j’ai la chance de pouvoir télétravailler. Mais de toute façon, même si mes supérieurs m’avaient demandé de revenir dans l’entreprise, je ne serais pas revenu. J’aurai insisté pour continuer à travailler à distance. »

Adel occupe son temps libre et ses soirées entre séries et jeux en réseau. Il se dit même prêt à poursuivre son confinement jusqu’à la fin de l’année. « On verra comment la situation évolue. » Ce quadragénaire qui avait pourtant l’habitude de prendre son café au comptoir tous les matins avant d’aller au travail n’est pas prêt d’y retourner. « Si les cafés et restaurants devaient rouvrir dans les prochaines semaines, ce sera sans moi. On ne peut pas faire comme si le coronavirus n’était plus là. »

Tous les témoins marqués d’une * n’ont souhaité être présentés que par leur prénom.

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Article original publié sur BFMTV.com