Des collectionneurs russes, une mort tragique et Picasso en saltimbanque

Léa Simone Allegria, écrivaine et auteure du « Grand Art » (Flammarion), s’arrêtera chaque semaine sur une œuvre qui fascine – pour de bonnes ou de moins bonnes raisons – et façonne l’art. Cette semaine : « Arlequin et sa compagne », de Picasso.

 » Paris, le 29 avril 1908. Facture de tableaux vendus à Mr Ivan Morozov par Mr Ambroise Vollard en sa galerie du 6, rue Laffitte, dans le 9e, pour la somme totale de 50 000 Francs, et aux prix suivants  » : un Cézanne à 20 000, trois Gauguin à 8 000 chacun, un inconnu nommé Jean Puy à 12 000, et cette petite huile sur toile d’un jeune Espagnol tout à fait prometteur, pour la modique somme de 300 Francs. A peu près 900 euros d’aujourd’hui. La facture est établie par le marchand lui-même sur une feuille volante, d’une écriture élégante qui aurait bien profité de lignes tracées pour se tenir plus droite.Quelques heures plus tard en cette même journée du 29 avril, Sergeï Chtchoukine convainc son ami Ivan Morozov de faire un petit détour aux Invalides pour rencontrer un certain Matisse dans son atelier. Ivan, comme son frère Mikhail avant lui, se rend chaque année à Paris dans le seul but de faire le tour des galeries, des ateliers et des musées à la recherche d’œuvres  » modernes « , soit impressionnistes et post-impressionnistes françaises.  » Tout homme valeureux a en dehors de son métier un objet auquel il s’adonne en amateur avec passion jusqu’à devenir parfois le centre de sa vie  » résume Vladimir Riabouchinski. Manet, Pissaro,…

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