L’an zéro du tourisme

« La France, première destination du voyage, et plus ancienne nation touristique, peut là montrer l’exemple, réfléchir à la place de l’art dans les vacances, au respect de la nature et des paysages, des habitants », écrit Jean Viar, sociologue et directeur de recherche associé au Cevipof/CNRS.

2020. Pour la première fois depuis son invention à l’orée du XVIIe siècle, le voyage d’agrément a été mis à l’arrêt. Cette immense cohorte des humains qui entraîna, encore en 2019, près d’un milliard et demi d’entre nous à franchir une frontière s’est brusquement immobilisée. Plages, montagnes, festivals, campagnes, ruines, monuments du patrimoine, hauts lieux de la nature, bars, restaurants, théâtres, musées, stades, campings, hôtels? étaient devenus silencieux. Les espèces sauvages commençaient une lente reconquête. Les résidences secondaires étaient utilisées massivement pour déshabiter les cités.

Le silence des villes sous couvre-feu sur l’ensemble de la planète glaçait le sang. Seuls les livreurs et les policiers parcouraient les cités délaissées. Les images des Champs-Élysées vides remontés lentement par une armée nazie victorieuse s’imposaient aux esprits. Le temps « d’avant » pouvait-il revenir ? Les fêtes, les amours, les voyages, les tendresses. L’émerveillement des enfants. Les vieux couples se tenant par la main en avançant de guingois, les cagoles trop cambrées, les urbains en shorts colorés sur des jambes blanches ? parfois avec chaussettes? ?, les autochtones aussi, en retrait aux terrasses des bars, commentant entre eux, goguenards, ce flot des forçats de la ville libérés de leurs entraves.

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