Menus sans viande: le vice-président LaREM de l’Assemblée veut écarter un député de la majorité

Le député LaREM de la Creuse, Jean-Baptiste Moreau, le 10 septembre 2018 – AFP / Guillaume Souvant

Tempête dans un verre d’eau ou non, le gouvernement et sa majorité se querellent sur l’absence de la viande dans les menus des cantines scolaires à Lyon en raison, selon la municipalité, de la crise sanitaire. Et cela devient de plus en plus bruyant, donc potentiellement gênant. À la suite des propos tranchés du député La République en marche Jean-Baptiste Moreau à l’égard de la ministre Barbara Pompili – qui déjà ont suscité leur lot d’étonnements -, un allié de celle-ci a dégainé dans Libération.

Il s’agit de Hugues Renson, vice-président de l’Assemblée nationale, qui estime que le député de la Creuse, « à l’évidence, ne peut plus (…) rester » porte-parole du groupe LaREM. « La violence et la grossièreté de son attaque comme le choix de ses mots sont absolument inacceptables », ajoute le député de Paris, cofondateur avec Barbara Pompili d’En Commun, composante de l’aile gauche de la majorité.

« Mal placé pour faire des cours de loyauté »

Dans un tweet publié la veille, Jean-Baptiste Moreau a visé directement la ministre de la Transition écologique. Lors d’un déplacement en Charente-Maritime, la numéro trois du gouvernement a qualifié de « débat préhistorique » la polémique autour des menus sans viande déclenchée par le maire écologiste de Lyon, Grégory Doucet.

« Des nutriments essentiels pour la croissance des enfants sont présents dans la viande. (…) Le pragmatisme comme l’amour de la science et la loyauté sont des concepts qui vous sont étrangers », a écrit le député de la Creuse.

Invité par BFMTV.com à réagir à l’injonction de Hugues Renson, avec qui ses relations sont notoirement fraîches, Jean-Baptiste Moreau en a fait peu de cas.

« Je ne répondrai pas, ce monsieur est certainement le plus mal placé pour me faire des cours de loyauté, vu ses nombreuses saillies contre le gouvernement », s’est-il contenté de rétorquer.

Dans la matinée sur notre antenne, l’éleveur bovin a défendu sa position sur les menus sans viande, que Grégory Doucet dit vouloir instaurer pour des raisons liées à la crise sanitaire. « Les campagnes anti-viande, on commence à en avoir un peu ras-le-bol et les gens racontent n’importe quoi sur l’élevage », a-t-il déclaré.

« Ces menus sans viande obligatoire, parce qu’il ne s’agit pas d’une alternative, ne sont en rien liés aux circonstances sanitaires mais ont tout à voir avec une idéologie que je ne partage absolument pas », a ajouté l’élu creusois.

Hostilité réciproque

Derrière ces joutes peu reluisantes pour la majorité et qui rappellent, dans une moindre mesure, les tensions qui ont fracturé le groupe socialiste sous François Hollande, il y a l’hostilité réciproque que nourrissent En Commun et une partie de LaREM. Une méfiance prononcée qui risque de se manifester lorsque Barbara Pompili défendra son projet de loi « climat et résilience » au Palais-Bourbon.

« Franchement Renson c’est M. Invisible », se rassure une cadre du groupe LaREM. « Vous voyez quoi comme suite? Une mobilisation massive d’En Commun pour le soutenir? »

Interrogée sur les risques d’une division de la majorité lors de l’examen du texte sur le climat, à fort enjeu politique pour Emmanuel Macron, cette députée temporise.

« On va voir ce que pèse En Commun dans l’hémicycle. S’ils arrivent à se structurer et remporter des batailles. Mais je n’y crois pas une seconde », prévient-elle.

Article original publié sur BFMTV.com