Sénégal: de nouveaux appels à manifester après les violences qui ont fait au moins quatre morts

Des heurts ont éclaté à Dakar (Sénégal) entre manifestants et force de l’ordre, le mercredi 3 mars 2021. – Seyllou / AFP

Le Sénégal va au-devant de nouvelles journées à hauts risques à partir de lundi, un collectif formé après l’arrestation du principal opposant au pouvoir ayant appelé samedi à de nouvelles manifestations.

Une relative accalmie samedi

Après avoir connu pendant trois jours ses pires troubles depuis des années, le pays habituellement considéré comme un îlot de stabilité en Afrique de l’Ouest a connu une relative accalmie samedi. Des actes de saccage et de pillage ont cependant continué à être rapportés, y compris contre des enseignes françaises.

Car la tension est loin d’être retombée. Le collectif Mouvement de défense de la démocratie (M2D), comprenant le parti de l’opposant arrêté, des partis d’opposition et des organisations contestataires de la société civile a appelé « à descendre massivement dans les rues » à partir de lundi.

C’est également ce jour qu’Ousmane Sonko, dont l’arrestation a mis le feu aux poudres, doit être présenté à un juge. La décision du magistrat de le relâcher ou de l’écrouer s’annonce lourde de conséquences.

Le collectif réclame « la libération immédiate de tous les prisonniers politiques illégalement et arbitrairement détenus », le rétablissement du signal suspendu de deux chaînes de télévision accusées d’avoir diffusé « en boucle » des images des troubles, et une enquête sur ce qu’il appelle un « complot » du pouvoir.

Macky Sall, un « apprenti dictateur »

Depuis mercredi, le Sénégal est le théâtre depuis d’affrontements entre jeunes et forces de sécurité, de pillages et de saccages. Quatre personnes ont été tuées, disent les autorités, chiffres difficilement vérifiables d’autres sources alors que prolifèrent les informations non-vérifiées. L’exaspération ne cesse de grandir dans la population, touchée par la dégradation des conditions de vie depuis le début de la pandémie.

L’arrestation d’ Sonko, pressenti comme un des principaux concurrents de celle de 2024, a provoqué la colère de ses partisans, mais aussi, disent de nombreux Sénégalais. L’exaspération ne cesse de s’accumuler dans la population, touchée par la dégradation depuis le début de la pandémie de Covid-19 des conditions de vie.

Le collectif M2D s’en est durement pris au président Macky Sall, qualifié « d’apprenti dictateur ». Il a perdu « l’autorité morale » pour rester président, a dit un des leaders du mouvement, Cheikh Tidiane Dieye.

Accusations de viol

Ousmane Sonko a été arrêté officiellement pour trouble à l’ordre public, alors qu’il se rendait en cortège au tribunal où il était convoqué pour répondre à des accusations de viol portées contre lui par une employée d’un salon de beauté dans lequel il allait se faire masser pour, dit-il, soulager ses maux de dos.

Personnalité au profil antisystème, le député crie au complot ourdi par le président pour l’écarter de la prochaine présidentielle. Les manifestations croient au « complot ». Le président a démenti fin février avoir quoi que ce soit à voir avec les ennuis judiciaires d’Ousmane Sonko. Il a depuis gardé le silence, mais la pression augmente pour qu’il prenne la parole.

La France pointée du doigt

Les manifestants expriment aussi une lassitude vis-à-vis du pouvoir en place. Un certain nombre montrent la France du doigt, perçue comme l’un des principaux soutiens étrangers de Macky Sall. Le ministre de l’Intérieur a appelé au calme et affirmé que l’Etat emploierait « tous les moyens nécessaires » pour rétablir l’ordre.

« Toutes les personnes auteures d’actes criminels seront recherchées, arrêtées, poursuivies et traduites devant la justice », a-t-il promis.

Article original publié sur BFMTV.com